Personne ne traverse les saisons sur un menu unique. C’est une règle biologique plus solide que toutes les modes alimentaires qui fleurissent sur les réseaux sociaux.
Le corps humain n’a jamais été conçu pour vivre en vase clos. Certains nutriments se fabriquent en interne, c’est vrai, mais la plupart ne s’invitent dans notre organisme qu’à travers ce que nous mangeons. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé sont sans appel : aucun aliment, pris isolément, ne peut couvrir l’ensemble de nos besoins en énergie, protéines, acides gras, vitamines et minéraux pour tenir sur la durée.
Pourtant, la tentation de suivre des régimes qui tournent le dos à la diversité revient régulièrement sur le devant de la scène, portée par des modes ou des croyances coriaces. Quand on ne jure plus que par un aliment unique, les effets sur le corps et l’esprit intriguent autant qu’ils inquiètent les professionnels de santé.
Monodiète : de quoi s’agit-il au juste ?
La monodiète, parfois appelée régime mono-alimentaire ou régime Antoine, repose sur une idée simple à l’extrême : consommer un seul aliment sur une courte période, habituellement entre un et trois jours. Aucune place pour la diversité, contrairement au jeûne intermittent ou au jeûne hydrique. Le principe : un fruit, un légume ou une céréale, décliné en boucle, du matin au soir. Les adeptes décrivent une expérience dépouillée, presque ascétique.
Pour mieux cerner cette pratique, voici les aliments qui sont le plus souvent choisis lors d’une monodiète :
- La pomme, le raisin ou la banane, pour leur apport en fibres et leur douceur
- La carotte, le riz ou le quinoa, souvent plébiscités pour leur côté « neutre » envers la digestion
Côté boissons, le choix se limite à l’eau, aux tisanes ou au thé nature, sans calories ajoutées. Ceux qui pratiquent la monodiète défendent l’idée que certains aliments pourraient offrir un « repos » au système digestif ou « purifier » l’organisme. Mais le principe est implacable : tout ce qui n’est pas l’aliment sélectionné est exclu.
La monodiète s’inscrit dans la mouvance des régimes dissociés, axés sur l’exclusion des mélanges alimentaires. Ici, les apports énergétiques ne disparaissent pas totalement comme lors d’un jeûne strict, mais la monotonie règne. Cette méthode tranche radicalement avec ce que recommandent les nutritionnistes, qui rappellent, études à l’appui, l’importance de la variété et de l’équilibre.
Quels impacts sur la santé lorsqu’on se limite à un seul aliment ?
La promesse a de quoi séduire : offrir une pause au tube digestif, se « nettoyer », retrouver de la légèreté. Certains affirment ressentir un regain d’énergie ou constater une perte de poids rapide. Pourtant, derrière ces impressions immédiates, les premiers signes de dérèglement apparaissent sans tarder.
S’en tenir à la pomme, au riz ou à la carotte, même pour deux ou trois jours, mène vite à des carences en protéines, acides gras, vitamines ou minéraux. Dès 48 heures, l’organisme commence à puiser dans ses réserves. Conséquence : fatigue, faiblesse musculaire, parfois irritabilité ou troubles de l’humeur, la faute à des carences en précurseurs du cerveau.
Les effets les plus observés, lorsqu’on teste ce type de régime, sont les suivants :
- Effet rebond : après la période de restriction, le retour à une alimentation normale s’accompagne souvent d’un regain de stockage, d’où la déception pour ceux qui guettaient une perte de poids stable.
- Déséquilibre du rapport à la nourriture : l’obsession du contrôle, la frustration et la monotonie désorganisent la relation à l’alimentation.
- Isolement social : difficile de partager un repas en famille ou entre amis sans se sentir à part ou devoir expliquer son choix.
Quant aux prétendus bénéfices, ils relèvent plus du récit individuel que de la science : aucune étude sérieuse n’a prouvé une « purification » profonde ou durable grâce à la monodiète. Les sensations de légèreté ou d’euphorie sont souvent passagères, liées à l’effet placebo ou à la restriction temporaire. La prudence s’impose, surtout si l’on est fragile ou que l’on vit avec une maladie chronique.
Promesses, revers et vigilance : ce qu’il faut savoir avant de tenter la monodiète
Si la monodiète séduit, c’est aussi parce qu’elle circule abondamment chez les influenceurs et certaines célébrités sur les réseaux sociaux. Les photos avant-après, les témoignages exaltés sur la « détox » et l’énergie retrouvée foisonnent. Pourtant, le régime mono-alimentaire n’est ni une méthode fiable pour perdre durablement du poids, ni un chemin vers l’équilibre. Des spécialistes comme Mathilde Yakan (diététicienne) ou Emilie Sainte Cluque (naturopathe) alertent : cette pratique n’est pas faite pour tout le monde et doit rester très ponctuelle.
Certains profils doivent absolument s’abstenir de ce genre de démarche :
- Déconseillé formellement : enfants, adolescents, femmes enceintes ou allaitantes, personnes déjà carencées, vivant avec une maladie chronique ou connaissant des troubles alimentaires.
- Risques sociaux et psychologiques : isolement lors des repas, frustration accrue, impact négatif sur la perception de soi.
- Mirage de la perte de poids durable : la monodiète provoque fréquemment un effet yoyo, sans résultat stable sur la silhouette.
Opter pour une alimentation équilibrée associée à une activité physique régulière offre des résultats tangibles et durables. Pour apporter un vrai changement, des approches reconnues comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aident à transformer ses habitudes en profondeur. S’appuyer sur les conseils d’un diététicien-nutritionniste reste la solution la plus fiable pour quiconque souhaite repenser son rapport à la nourriture sur le long terme.
Changer sa façon de manger ne se limite pas à s’enfermer dans la répétition d’un aliment unique pendant un week-end. C’est un chemin semé de nuances, qui réclame de la patience et un accompagnement solide. La diversité, loin d’être un luxe, reste la condition pour que le corps et l’esprit tiennent la distance. Et si le vrai pari, c’était de retrouver le goût de l’équilibre ?


