L’aube d’avril 2022 n’a pas seulement changé la météo. Elle a bouleversé le quotidien de milliers d’infirmiers en France : le décret n°2022-610 a élargi la palette des vaccins qu’ils peuvent administrer, sans même attendre la prescription d’un médecin. Ce qui n’était qu’un privilège du pharmacien s’étend désormais aux soignants de terrain, apportant un vent nouveau sur la chaîne de la prévention. Mais cette évolution ne s’improvise pas : elle s’organise, se balise, s’entoure de garde-fous. Les protocoles de formation restent de mise, les textes fixent des bornes précises, et certaines situations délicates continuent d’imposer la consultation médicale. La vaccination par les infirmiers se redessine donc, pas à pas, au cœur du parcours de soins.
Ce que dit la réglementation sur la vaccination par les infirmiers : évolutions récentes et cadre légal
Depuis que le décret publié le 22 avril 2022 a pris effet, la réalité du métier infirmier s’est nettement transformée. Désormais, ces professionnels de santé sont habilités à administrer, sans prescription médicale préalable, tous les vaccins inscrits au calendrier officiel, tant pour les adultes que pour les enfants. Cette disposition marque un véritable tournant, en facilitant l’accès à la prévention vaccinale pour l’ensemble de la population.
L’intervention des infirmiers ne se cantonne plus à de rares cas. Ils sont aujourd’hui autorisés à vacciner contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, la grippe saisonnière, mais aussi la rougeole, les oreillons ou la rubéole. Cette liberté nouvelle ne s’exerce pas à la légère : chaque acte reste encadré par des règles strictes, notamment en ce qui concerne les contre-indications et certains contextes spécifiques prévus par la loi.
Dans ce nouveau cadre, la vigilance reste de mise. Le conseil de l’ordre des infirmiers rappelle la nécessité de s’appuyer sur les recommandations mises à jour dans le calendrier des vaccinations. Par exemple, l’administration de vaccins vivants atténués chez des personnes immunodéprimées demeure soumise à prescription médicale.
Les textes officiels, du code de la santé publique à celui de la sécurité sociale, posent les limites et les responsabilités liées à cette évolution. Ce socle réglementaire, en perpétuelle adaptation, a pour objectif de renforcer la sécurité des patients tout en soutenant l’extension de la couverture vaccinale sur l’ensemble du territoire.
Quelles compétences et formations sont requises pour les infirmiers vaccinateurs ?
Être infirmier vaccinateur, cela dépasse la simple maîtrise technique de l’injection. Dès la formation initiale, les infirmiers apprennent les gestes précis, la manipulation du matériel, et toutes les règles d’asepsie. Mais pour pouvoir prescrire certains vaccins, comme ceux contre la grippe, la diphtérie-tétanos-poliomyélite, la rougeole-oreillons-rubéole, le BCG ou encore les infections à méningocoques, une formation complémentaire s’impose.
La législation distingue clairement l’acte de vaccination de la prescription. Sur la base du calendrier vaccinal, les infirmiers procèdent aux injections sans ordonnance, à condition d’avoir suivi le parcours de formation exigé. Cette formation, accréditée par l’assurance maladie, met l’accent sur la gestion des éventuels effets secondaires, la connaissance des contre-indications, le suivi après l’injection, ainsi que la communication avec les patients et la gestion des situations urgentes.
Être compétent, c’est aussi savoir évaluer chaque patient : analyser les antécédents, vérifier la régularité des vaccinations, s’assurer de la traçabilité de chaque acte. Cette exigence de rigueur permet d’assurer la sécurité du geste et la confiance des personnes vaccinées. Dans un cabinet, en établissement ou à domicile, chaque situation appelle à la même précision.
Rôles complémentaires des infirmiers et pharmaciens : quels enjeux pour la santé publique ?
L’extension des missions vaccinales des infirmiers et pharmaciens a profondément modifié l’organisation de la santé publique en France. Les infirmiers, acteurs de proximité au contact direct des patients, jouent un rôle clé dans l’accompagnement et l’information. Les pharmaciens, installés au cœur des quartiers, rendent la vaccination accessible à ceux qui n’ont ni le temps ni l’habitude de consulter leur médecin.
Les récentes campagnes contre la grippe ou la COVID-19 l’ont démontré : l’infirmier se déplace, intervient en structure comme à domicile, et s’adresse aux personnes isolées ou éloignées du système de soins. Le pharmacien, lui, accueille sans rendez-vous familles, actifs ou seniors, simplifiant l’accès à la prévention.
Pour mieux saisir les bénéfices de cette complémentarité, voici les points forts qui profitent à tous :
- Professionnels de santé : véritables relais pour la prévention et l’accompagnement quotidien des citoyens.
- Couverture vaccinale : la multiplication des lieux de vaccination permet d’atteindre davantage de personnes et d’élargir la protection collective.
En confiant davantage de responsabilités aux infirmiers et pharmaciens, les autorités parient sur une approche accessible, rapide et de confiance. Cette évolution favorise une prévention active, une réponse efficace lors des alertes épidémiques, et redonne de la fluidité au parcours vaccinal. Aujourd’hui, chaque professionnel, sur le terrain comme en officine, contribue à transformer la vaccination en démarche collective : une chaîne où personne n’est laissé de côté, et où la santé publique gagne en force et en agilité.


