Homme d'âge moyen tenant son épaule douloureuse lors d'une consultation en cabinet de kinésithérapie

Douleur à l’épaule ou protrusione discale C5 C6 : comment faire la différence ?

Une douleur qui part de l’épaule, remonte vers le cou ou descend dans le bras pose un problème concret : s’agit-il d’un souci articulaire de l’épaule ou d’une protrusion discale C5-C6 qui irrite une racine nerveuse cervicale ? Les deux produisent des douleurs parfois identiques en surface, mais leur prise en charge n’a rien à voir.

Confondre les deux, c’est risquer des mois de rééducation sur la mauvaise cible. Voici les repères cliniques qui permettent de les distinguer avant même l’imagerie.

L’arm squeeze test : un geste simple pour orienter le diagnostic

Avant de parler d’IRM ou de scanner, un test manuel récent apporte un premier tri fiable. L’arm squeeze test consiste à comprimer la partie moyenne du bras, entre l’insertion du deltoïde et le coude, puis à comparer la douleur obtenue avec celle provoquée par une pression directe sur l’épaule ou la zone sous-acromiale.

Une douleur plus forte à la compression du bras qu’à la pression sur l’épaule oriente vers une origine cervicale, donc une possible radiculopathie C5 ou C6. À l’inverse, si la douleur maximale se situe à la pression de l’épaule, c’est la piste gléno-humérale (tendinopathie de la coiffe, conflit sous-acromial) qui domine.

Ce test ne remplace pas un examen neurologique complet. Il doit être corrélé à l’évaluation des dermatomes, des myotomes et des réflexes pour identifier le niveau atteint. Mais il offre un premier filtre rapide, reproductible, et accessible à tout praticien.

Femme souffrant d'une douleur cervicale irradiant vers l'épaule au bureau, possible protusion discale C5 C6

Protrusion discale C5-C6 : les signaux nerveux que l’épaule seule ne produit pas

Une pathologie d’épaule (tendinite, bursite, lésion de la coiffe des rotateurs) provoque une douleur localisée. Elle s’aggrave lors de mouvements précis du bras : élévation latérale, rotation interne, geste au-dessus de la tête. La douleur reste cantonnée à la région de l’épaule et du haut du bras.

La protrusion discale C5-C6 comprime ou irrite la racine nerveuse C6. Les symptômes débordent largement l’épaule :

  • Des fourmillements ou un engourdissement dans le pouce et l’index, parfois sur la face externe de l’avant-bras. Ce trajet précis correspond au dermatome C6.
  • Une faiblesse à la flexion du coude ou à la supination de l’avant-bras, liée à l’atteinte du biceps (myotome C6).
  • Une diminution du réflexe bicipital, testable par percussion du tendon au pli du coude. Ce signe neurologique n’existe pas dans une pathologie d’épaule isolée.

Des fourmillements dans le pouce orientent vers la racine C6, pas vers l’épaule. Si ces signes nerveux sont absents, la protrusion discale reste possible mais moins probable comme cause principale de la douleur.

Douleur cervicale irradiée vers l’épaule : le piège du désordre intervertébral mineur

Il existe un troisième scénario, moins connu, qui complique le tableau. Un désordre intervertébral mineur (DIM) au niveau cervical peut provoquer une douleur projetée vers l’épaule sans compression nerveuse franche. Pas de fourmillements, pas de perte de réflexe, mais une douleur qui ressemble trait pour trait à un problème d’épaule mécanique.

Comment le repérer ? La mobilité cervicale est souvent limitée ou douloureuse dans au moins une direction (rotation, inclinaison latérale). Si tourner la tête du côté douloureux reproduit ou augmente la douleur d’épaule, l’origine cervicale devient très probable.

Autre indice : une pression sur les articulaires postérieures cervicales (les petites facettes de chaque côté des vertèbres) déclenche une douleur référée vers l’épaule. Ce mécanisme passe par les nerfs sensitifs qui partagent des relais communs entre le cou et l’épaule dans la moelle épinière.

La combinaison de tests qui augmente la fiabilité

Aucun test isolé ne suffit à trancher. Les recommandations actuelles insistent sur la combinaison de plusieurs manœuvres cliniques pour atteindre une spécificité élevée. Trois tests sont particulièrement utiles quand ils sont positifs ensemble :

  • Le test de Spurling : rotation et inclinaison de la tête du côté douloureux avec compression axiale. La reproduction de la douleur irradiée dans le bras confirme l’irritation d’une racine cervicale.
  • Le test de distraction cervicale : une traction axiale douce sur la tête qui soulage la douleur. Ce soulagement suggère que la compression discale est en cause.
  • L’arm squeeze test décrit plus haut, qui différencie la source cervicale de la source gléno-humérale.

Trois tests positifs ensemble orientent fortement vers une radiculopathie cervicale. Deux négatifs sur trois incitent à explorer l’épaule en priorité.

Modèle anatomique de la colonne cervicale mettant en évidence les vertèbres C5 et C6 impliquées dans une protrusion discale

Quand l’IRM cervicale change la donne (et quand elle ne sert à rien)

Vous avez peut-être déjà entendu parler de protrusions discales découvertes « par hasard » sur une IRM. C’est fréquent. Une protrusion visible à l’imagerie ne signifie pas qu’elle est responsable de la douleur. Beaucoup de personnes sans aucun symptôme présentent des bombements discaux à l’IRM cervicale.

L’IRM devient pertinente quand l’examen clinique a déjà orienté vers une compression nerveuse : signes neurologiques francs (faiblesse musculaire, perte de sensibilité, réflexe aboli) ou douleur résistante au traitement conservateur depuis plusieurs semaines. Dans ce cas, l’imagerie confirme le niveau atteint et guide la suite, qu’il s’agisse d’infiltrations ciblées ou, plus rarement, d’un avis chirurgical.

En l’absence de signes neurologiques, lancer une IRM cervicale trop tôt risque de créer un faux problème. Le patient se focalise sur l’image du disque alors que sa douleur vient peut-être de l’épaule ou d’un DIM cervical bénin. L’examen clinique reste le filtre le plus fiable avant toute imagerie.

Traitement : deux trajectoires distinctes selon l’origine

Si l’épaule est en cause (tendinopathie, conflit sous-acromial), la rééducation cible la coiffe des rotateurs et la mobilité scapulaire. Les exercices de recentrage de la tête humérale et le renforcement progressif constituent le socle du traitement.

Si la protrusion discale C5-C6 est responsable, la prise en charge commence par la gestion de la douleur radiculaire : mobilisations cervicales douces, traction, et exercices de stabilisation du rachis cervical. La majorité des radiculopathies cervicales s’améliorent sans chirurgie en quelques mois.

Traiter l’épaule quand le problème est cervical, ou l’inverse, explique beaucoup d’échecs thérapeutiques prolongés. Le tri clinique initial, même imparfait, oriente la rééducation dans la bonne direction et évite des semaines perdues sur la mauvaise cible.

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