Un test sanguin capable de prédire le risque d’accident vasculaire cérébral vient de franchir une nouvelle étape. Plusieurs équipes de recherche valident aujourd’hui l’intérêt de certains biomarqueurs, détectables dans le sang bien avant l’apparition des premiers symptômes.
L’identification de ces signaux précoces pourrait bouleverser les pratiques médicales, en permettant un repérage plus rapide et une prévention ciblée. Les médecins disposent ainsi de nouveaux outils pour affiner leurs diagnostics et anticiper les complications vasculaires les plus redoutées.
AVC : comprendre les enjeux de la prévention aujourd’hui
Chaque année, l’accident vasculaire cérébral touche plus de 140 000 personnes en France, d’après l’Assurance maladie. Le cerveau, desservi par un maillage complexe d’artères, peut se retrouver privé d’oxygène en quelques minutes suite à un blocage (AVC ischémique) ou à une rupture (AVC hémorragique). Les séquelles ne se ressemblent jamais : paralysie, troubles du langage, problèmes de coordination ou encore perte de la vue. Si l’urgence de la prise en charge ne fait pas débat, la véritable question repose sur la prévention.
Agir sur les facteurs de risque modifiables reste l’axe central du combat contre ce fléau vasculaire. L’évidence est là : l’hypertension, le diabète, l’excès de cholestérol, le surpoids, le tabagisme, la sédentarité et la consommation d’alcool pèsent lourd dans la balance du risque d’AVC. La fibrillation auriculaire, trouble du rythme cardiaque fréquent avec l’âge, multiplie par cinq la probabilité d’un accident vasculaire. Quant à la sténose carotidienne, souvent liée à l’athérome, elle demeure sous haute surveillance.
Voici les principaux comportements à adopter pour limiter ces risques :
- Hypertension artérielle : mesurez régulièrement votre tension et ajustez les traitements si besoin
- Diabète et hypercholestérolémie : contrôlez la glycémie, adaptez votre alimentation
- Tabac et alcool : diminuez ou arrêtez leur consommation
- Sédentarité : misez sur une activité physique régulière
La maîtrise de ces facteurs, associée à un suivi médical attentif, contribue à faire reculer la survenue de l’AVC, un événement neurologique redouté. Le médecin traitant, les bilans de santé réguliers et l’éducation thérapeutique forment la première ligne de défense contre la maladie vasculaire cérébrale.
Peut-on vraiment prédire un accident vasculaire cérébral grâce à une prise de sang ?
La biologie médicale avance à grands pas et rebat les cartes de la prédiction du risque d’AVC. L’évaluation reposait jusqu’ici sur les analyses classiques, tension, cholestérol, glycémie. Désormais, de nouveaux biomarqueurs sanguins entrent en lice.
Le neurofilament, une protéine libérée lors de lésions neuronales, intrigue les chercheurs. Des études menées auprès de patients atteints de fibrillation auriculaire révèlent qu’un taux élevé de neurofilament signale un risque accru d’accident vasculaire. Cette analyse pourrait permettre de cibler les patients à surveiller de près, y compris ceux qui n’ont encore manifesté aucun symptôme.
Autre avancée, la protéine acide fibrillaire gliale (GFAP). Sa détection dans le sang offre aux urgentistes la possibilité de différencier rapidement un AVC ischémique d’un AVC hémorragique avant même l’arrivée à l’hôpital, ce qui accélère l’orientation thérapeutique.
Les microparticules dérivées des leucocytes (LMP) complètent ce tableau. Leur présence signale l’instabilité des plaques d’athérome carotidiennes, véritables menaces silencieuses pour le cerveau. Leur dosage aiderait à repérer les artères susceptibles de rompre, une information précieuse pour le neurologue ou le cardiologue.
L’association de plusieurs biomarqueurs, issus du cerveau comme du cœur, renforce la capacité prédictive des tests sanguins. Reste à confirmer leur place dans la pratique courante, au fil des études cliniques en cours, et à mesurer leur impact sur la prévention de l’accident vasculaire cérébral.
Biomarqueurs et tests sanguins : ce que la recherche nous apprend
Les biomarqueurs sanguins gagnent du terrain dans la détection et l’évaluation du risque d’accident vasculaire cérébral. Julia Aulin, chercheuse à l’université d’Uppsala, a confirmé la capacité du neurofilament à prédire l’AVC chez des patients souffrant de fibrillation auriculaire. Des taux élevés de cette protéine, témoin d’une atteinte neuronale, sont associés à une vulnérabilité accrue. Ce constat, validé par plusieurs études, permet au médecin d’intensifier la surveillance et d’adapter les traitements.
Pour le diagnostic d’urgence, la protéine GFAP se distingue. L’équipe de la Dre Love-Preet Kalra, au RKH Klinikum Ludwigsburg, a démontré que son dosage rapide distingue efficacement un AVC ischémique d’un AVC hémorragique avant même l’imagerie. Testé en situation préhospitalière, cet outil pourrait changer la donne dans la prise en charge initiale.
De son côté, le Pr Florence Sabatier (Inserm / Aix-Marseille Université) s’intéresse aux LMP. Leur lien avec l’instabilité des plaques d’athérome carotidiennes ouvre des perspectives pour prévenir les ruptures artérielles à haut risque.
On peut résumer les apports de ces biomarqueurs ainsi :
- Neurofilament : aide à prédire le risque d’AVC chez les patients cardiaques
- GFAP : permet un diagnostic d’urgence rapide et différencié
- LMP : repère l’instabilité artérielle avant l’apparition de symptômes
En combinant ces marqueurs cérébraux et cardiaques, la prédiction et la stratification du risque d’AVC gagnent en finesse. Les travaux se poursuivent pour définir leur place dans la routine médicale et mesurer leur impact sur la prévention comme sur la prise en charge de l’accident vasculaire cérébral.
Reconnaître les signes d’alerte et l’importance des bilans de santé réguliers
Repérer un accident vasculaire cérébral exige de rester attentif à certains symptômes : survenue brutale d’une faiblesse d’un membre, paralysie du visage, trouble soudain du langage, altération de la vision ou perte de l’équilibre. Face à l’un de ces signes, il faut composer le 15 sans attendre. Chaque minute fait la différence. L’accès rapide au scanner cérébral ou à l’IRM permet de distinguer un AVC ischémique d’un AVC hémorragique, ce qui conditionne le choix de traitement : thrombolyse ou thrombectomie pour lever une obstruction, interventions spécifiques en cas d’hémorragie.
Pour limiter les accidents silencieux, les bilans de santé réguliers sont incontournables. Hypertension artérielle, diabète, hypercholestérolémie, troubles du rythme comme la fibrillation auriculaire : ces maladies progressent souvent sans bruit, mais augmentent le risque d’AVC. Les examens biologiques, l’écho-Doppler des carotides, la surveillance de la glycémie, du cholestérol, du poids et de la tension offrent autant de leviers concrets pour agir.
Le suivi régulier par le médecin traitant, l’adaptation des traitements (anticoagulants, statines) et l’accompagnement dans les changements d’habitudes de vie constituent la base de la prévention. Réduire le tabac, limiter l’alcool, miser sur une activité physique constante : des gestes simples, mais décisifs. Savoir identifier les premiers signaux, c’est parfois donner une seconde chance à son cerveau.
La médecine avance, mais le réflexe de prévention, lui, ne connaît ni test rapide ni raccourci. L’anticipation, bien plus que la réaction, trace la frontière entre la vie ordinaire et le bouleversement d’un AVC.

